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Cap sur l’égalité de genre d’ici 2030

Notre nouveau rapport révèle que 67 pays – où vivent 2,1 milliards de filles et de femmes – n’atteindront d’ici 2030 aucune des cibles d’égalité de genre que nous avons étudiées s’ils conservent leur rythme actuel de progression. Le rapport couvre cinq cibles principales de l’égalité de genre : l’accès à la contraception, l’éducation des filles, le leadership politique, les lois sur l’égalité sur le lieu du travail et la sécurité. Nous avons également remarqué que si tous les pays progressaient aussi vite que les plus rapides au cours de la décennie à venir, près des trois quarts des filles et des femmes du monde pourraient, au contraire, vivre dans des pays qui auraient atteint quatre, voire les cinq cibles d’égalité de genre d’ici 2030.

Cap sur l’égalité de genre

Les Coalitions D'Action

Lettre Ouverte

Communiqué de presse

Principales conclusions

L’analyse démontre très largement que nous devrons accélérer le rythme des progrès en faveur des filles et des femmes – et certains pays démontrent que les changements rapides sont possibles. Au niveau mondial, chacune des questions progresse dans la bonne direction mais en creusant un peu, on s’aperçoit que les progrès ne sont pas nécessairement acquis. Certains pays stagnent en effet, voire font marche arrière sur certaines des questions clé. Et dans l’ensemble, nous sommes encore loin d’être sur la bonne voie pour atteindre ces cinq cibles de l’égalité de genre d’ici 2030. L’analyse révèle ainsi que :

  • Les pays ne progressent pas assez vite : au rythme de progression actuel, aucun pays n’aura atteint les cinq, voire même seulement quatre des cinq cibles à l’échéance des ODD. Seuls 24 pays atteindront deux ou trois des cinq cibles et 38 pays n’atteindront qu’une des cinq cibles de l’égalité de genre d’ici 2030. Au total, 67 pays (soit 52 pour cent) n’atteindront aucune des cinq cibles d’ici à 2030 (voir la Figure 1). Mais si tous les pays avançaient au rythme des pays qui progressent rapidement, presque tous les pays à l’étude (123 des 129) atteindraient au moins deux cibles.
  • Certains pays à revenu élevé stagnent, ou enregistrent même des reculs sur certaines questions : alors que les pays à revenu élevé tendent à enregistrer des niveaux globalement plus élevés d’égalité de genre (voir la Figure 3), certains de ces pays plus riches progressent à un rythme très lent, voire dans la mauvaise direction, sur les questions étudiées. La Serbie et le Japon, par exemple, accusent une diminution de l’accès à la planification familiale depuis deux décennies.
  • Les progrès sont évidents mais pas toujours cohérents : par exemple, le rythme de l’évolution de la représentation des femmes à des fonctions ministérielles a globalement accéléré plus rapidement entre 2000 et 2008, mais a ralenti depuis 2008. Les pays d’Amérique du Nord et d’Europe comptant la plus forte proportion de femmes ministres en 2001 (occupant au moins 20 pour cent des fonctions dans les cabinets ministériels) ont, depuis, enregistré des taux de progression plus lents vers la parité de la représentativité que la région dans son ensemble. Nous avançons peut-être dans la bonne direction, mais pas suffisamment vite, ni régulièrement.
  • En étudiant les questions une à une, on remarque que certains pays progressent rapidement vers l’égalité de genre depuis 10 à 20 ans : plusieurs pays, par exemple, dont le Ghana, l’Angola, le Belize et le Viêt Nam, augmentent de plus de dix pour cent par an le nombre de filles qui terminent leurs études secondaires depuis l’an 2000 environ.
  • Les facteurs qui contribuent à la rapidité des progrès diffèrent selon la thématique et le pays, mais parmi les plus courants figurent la priorisation par le gouvernement et son engagement, la coordination de l’investissement, la mise en oeuvre de politiques centrées sur l’égalité, et notamment les quotas, et l’influence des défenseur·e·s et personnes engagées pour l’égalité de genre (dont les mouvements féministes). L’étude systématique des facteurs sous-jacents à la rapidité de progression des pays sur chacune des questions dépasse le cadre de la présente étude, mais reste un angle d’approche important pour les recherches à venir.
  • Les efforts renouvelés sont nécessaires pour atteindre les plus vulnérables : les filles et les femmes confrontées à des formes de discrimination intersectionnelle sont les plus susceptibles d’être laissées pour compte, même lorsque des progrès sont globalement réalisés en faveur des filles et des femmes. Par exemple, alors que la violence à l’égard des filles et des femmes reste omniprésente dans le monde entier, certains groupes en sont plus fortement affectés : aux États-Unis, les femmes « autochtones d’Amérique et natives d’Alaska » subissent des taux supérieurs de violences basées sur le genre à tout autre groupe et, au Canada, les femmes « Premières Nations et inuits » sont confrontées à des taux de violence trois fois supérieurs à ceux que vivent les femmes non-autochtones.
  • Il y a néanmoins de l’espoir : certains pays, de toutes les régions du monde, progressent déjà rapidement au niveau de l’une ou de plusieurs des cinq questions d’égalité de genre étudiées. C’est en ce sens que Cap sur l’égalité de genre constitue un point de départ pour une évaluation approfondie de la manière dont le changement peut être accéléré pour les filles et les femmes, et dont les réussites peuvent être répétées afin de mettre le cap sur l’égalité de genre d’ici 2030.

Principales conclusions par thématique

Dans l’ensemble, une forte accélération est nécessaire pour toutes les questions d’égalité de genre étudiées, mais la cible est plus proche sur certaines questions que sur d’autres :

  • Le rythme des progrès en termes d’accès à la planification familiale doit plus que tripler au niveau mondial pour atteindre la cible d’ici 2030. Cette accélération permettrait à plus de 400 millions de filles et de femmes supplémentaires d’accéder à la contraception et de planifier si, et quand, avoir des enfants – en comparaison avec le maintien du rythme actuel jusqu’en 2030.
  • Le monde doit également progresser plus de trois fois plus vite qu’au cours des 10 à 15 dernières années pour veiller à ce que chaque fille termine ses études secondaires d’ici 2030. 85 millions de filles supplémentaires achèveraient leurs études secondaires d’ici 2030 si les pays progressaient selon ce rythme soutenu, plutôt qu’au rythme actuel.
  • Seuls 23 pour cent des sièges ministériels sont occupés par des femmes dans le monde et 77 millions de filles et de femmes vivent dans des pays qui ne comptent pas une seule femme ministre au gouvernement. Plus de 650 millions de filles et de femmes dans 64 pays n’ont jamais connu de femme élue ou nommée à la tête de leur État ou gouvernement. Les progrès ont ralenti à ce niveau au cours des dernières années et 40 pays ont régressé depuis 2001.
  • Les progrès doivent être près de deux fois plus rapides pour s’assurer que les femmes soient également représentées aux fonctions politiques les plus influentes d’ici 2030.
  • En 2009, seuls 16 pays (tous en Europe et Amérique du Nord) avaient reçu le score maximal de 100 (d’après des données de la Banque mondiale) pour leurs lois sur l’égalité sur le lieu du travail. En 2020, ce nombre avait plus que doublé et concernait 36 pays (répartis dans quatre régions). Il faut que 93 pays fassent évoluer leurs lois au niveau de ce standard d’ici 2030 pour atteindre cette cible au niveau mondial (soit une accélération plus que doublée). Si les 129 pays amélioraient tous leurs lois sur l’égalité sur le lieu du travail et atteignaient le score maximum de 100 d’ici 2030, cela signifierait que 215 millions de femmes supplémentaires auraient droit à 14 semaines ou plus de congé maternité rémunéré, en comparaison avec le maintien du rythme actuel.
  • Près de la moitié des femmes dans le monde ne se sentent pas en sécurité à pied la nuit, et ce chiffre n’a presque pas changé depuis 2006. De fait, les perceptions de la sécurité ont empiré dans près de la moitié des pays étudiés, entre 2006 et 2018. En conservant le rythme actuel de progrès, nous n’atteindrons pas la cible de toutes les filles et les femmes déclarant se sentir en sécurité lorsqu’elles se déplacent la nuit avant l’année 2179, soit dans plus de six générations. Le rythme d’accélération des progrès doit être multiplié par treize – l’accélération la plus rapide des cinq thématiques étudiées – afin de veiller à ce que toutes les filles et les femmes rapportent se sentir en sécurité d’ici 2030.

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